
ANASTILOSSIS est un terme qui désigne une technique de reconstruction d’un édifice en ruines. La reconstruction est faite en utilisant des fragments trouvés sur place avec des matériaux modernes, de sorte que l’on puisse distinguer à l’œil nu, l’ancien du moderne. En se servant des ruines comme base pour bâtir un nouvel édifice, ce procédé architectural transforme la faille en protagoniste.
Métaphore majeure de notre époque, la faille, loin d’être un simple gouffre, porte la promesse d’un commencement. Elle offre un espace à investir, un lieu de réinvention, un champ de forces où s’expérimentent d’innombrables possibles. À la fois fracture et passage, simultanément seuil et tranchée. Depuis cette fêlure, lieu de vulnérabilité autant que de lucidité, le corps devient sentinelle et moyen d’action. Il observe, agit, réinvente, esquissant les contours d’une résistance silencieuse. Agissant depuis le registre du symbolique, du politique, du social, de l’émotionnel, du mental ou du figuré, le corps s’impose comme le dernier refuge possible. Interface entre l’intime et le collectif. Corps-mémoire. Corps territoire. Corps manifeste. Corps cadavre-exquis.
Durant une période fragile liée à la perte de ma mère, la faille s’est affirmée comme un terrain dynamique et salutaire. L’observation de cette reconstruction, me pousse à me saisir de la faille comme principe d’écriture d’ANASTILOSSIS. Magma de matières déjà chorégraphiées et d’autres écrites en temps réel ce parti pris chorégraphique me donne l’opportunité d’explorer l’action comme on arpente un terrain mouvant, instable, ludique et fertile. Suite logique de BLACKOUT DIALOGS (2024) qui questionnait la perte de repères collective, ANASTILOSSIS, transcende l’instabilité, fait le choix de célébrer la résilience, la fragilité et rappelle que parfois, c’est depuis les fissures que surgissent les élans de vie.
Mais par où et par quoi commencer ? Comment aborder la reconstruction de la part visible et comment soigner la part invisible ?
C’est un désert qui déborde. Cette performance est une élégie, la beauté de la danse et sa précision vise un instant de grâce, extrêmement lumineux. J’imagine ce parcours comme un dialogue complice avec l’être aimé disparu, un chant à deux dont la douceur résonne au-delà les abîmes de la séparation. Inspiré par des faits réels et totalement surnaturels à la fois, ce solo serait plus un duo avec un invisible partenaire omniprésent. Tendre étreinte dans laquelle le fantôme complice pourrait venir se lover. À mi-chemin entre rêve et réalité, l’intuition pourra disputer l’espace de la raison. J’accorde au doute le droit de me troubler, et me déborder. Arraché au réel ce solo serait un passage gracieux entre deux mondes. Un acte nécessaire, une faille vitale, un joyeux moment d’unité et de paix. Entre l’ici et l’ailleurs le petit cercle où l’on danse est un lieu métaphysique où le temps s’affranchit du nôtre. Théâtre du délicat tout comme du violent, nécessaire à notre âme on sent ce mécanisme qui opère en silence et nous initie aux manifestations d’un monde mystérieux et crypté. Le bouleversant mélange de grâce et de stupeur qui accompagne une manifestation reliée à l’au-delà, est difficile à exprimer avec clarté. Ces instants de fascination, si étranges, sont-ils pourtant moins réels que d’autres ? Sommes-nous véritablement seul.e.s? Qui nous regarde et en quoi cherche-t-il à nous éveiller par ces signes ? Je ne peux m’extraire à ces questions, ni à ce qui m’apparait et me bouleverse dans la période que je traverse. Ce langage intuitif qui s’exprime par nécessité n’est que la réitération obstinée du même mouvement : incliner la tête humblement, offrir la place pour que la main aimée puisse s’y poser, une fois de plus…peut être…
Pas de dépôt de dossiers pour des résidences annuelles en ce moment
Pour déposer une demande de résidence d’interprète et d’accompagnement spécifique il faut déposer le dossier 5 mois avant la période d’accueil demandée.
3 dates butoirs : 30 janvier / 15 mai / 30 septembre
Toute compagnie accueillie en résidence doit s’acquitter des droits d’adhésion à l’association de 30 euros.
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