
Septième opus de notre rendez-vous de l’édition en danse, Éditions du soir met en lumière une sélection d’ouvrages qui marquent l’actualité. Animée par le journaliste Philippe Verrièle et Emerentienne Dubourg, conseillère artistique de micadanses, la rencontre avec les auteur.e.s est suivie d’un verre et de la dédicace des ouvrages.
Ouvrages présentés
Luc Petton et Marilén Iglesias-Breuker
Nouvelles éditions Scala, sept 2025, 160 p.
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Délicieux dans la distance, précieux dans les détails, à lire comme la chronique d’une aventure plus que singulière… Il y a 20 ans, le chorégraphe Luc Petton que l’on connaissait, avec Marilén Iglesias-Breuker, comme un tenant de la modernité chorégraphique expressive « allemande », se lance dans un étrange projet : danser -vraiment danser- avec des oiseaux. Croisant les témoignages et racontant l’aventure, mêlant citations et conseils (« essayez-ceci » où l’on se souvient qu’il est désagréable d’avoir laissé son vélo sous un arbre à étourneaux) ce beau petit livre (superbes photos) donne aussi beaucoup à penser.
« Dans les entretiens avec les journalistes et les échanges avec le public, une question récurrente revenait : Comment faites-vous pour que les oiseaux reproduisent toujours les mêmes choses ?, et invariablement la réponse était : Mais les oiseaux font ce qu’ils veulent ! » p.31
« L’improvisation est une technique, la maîtriser c’est être libre » Hanya Holm, entendu dans ses cours. « D’abord on fait, après on parle. » Hans Züllig, entendu et ré-entendu en cours. » p. 58 et 59

Sous la direction de Pauline Chevalier et Amandine Royer
Co-édition Liénart, MBAA Besançon, INHA, avril 2025 (exposition du 19 avril au 21 septembre 2025), 256 p.
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Comment transcrire un geste ou un mouvement de danse sur le papier ? Au-delà des représentations par les peintres et les sculpteurs, le dessin occupe une place majeure dans le travail de composition chorégraphique ou dans sa transmission. Le terme « chorégraphie », forgé en 1700, désigne d’abord l’art de décrire la danse et de la noter sur le papier. L’usage actuel du terme s’est émancipé de la graphie, mais le dessin et l’écriture restent chez les chorégraphes des pratiques courantes. Elles révèlent souvent des manières de travailler avec les interprètes, de concevoir le mouvement et d’envisager la préservation d’une mémoire chorégraphique. Le présent ouvrage propose une exploration commentée de ces dessins à danser, sur la longue durée, grâce à un ensemble d’oeuvres et de textes inédits.
Avec les contributions de :
Mathias Auclair, Directeur du département de la Musique, BnF
Olivier Bioret, Danseur et notateur Laban
Jessica Chauffert, Designer et enseignante agrégée en arts appliqués
Pauline Chevalier, Maîtresse de conférences en histoire de l’art
Johanna Daniel, Docteure en histoire de l’art
Lorena Ehrbar, Doctorante en histoire de l’art
Irène Feste, Chorégraphe et chercheuse en danse
Lou Forster, Docteur en histoire de l’art
Doug Fullington, Musicologue et historien de la danse
Marie Glon, Maîtresse de conférences en danse
Joël Huthwohl, Directeur du département des Arts du spectacle, BnF
Guillaume Jablonka, Chorégraphe et chercheur en danse
Sophie Jacotot, Artiste chorégraphique et historienne
Claudia Jeschke, Professeure en danse
Lenio Kaklea, Chorégraphe et artiste
Maeva Lamolière, Maîtresse de conférences en danse
Mathilde Leïchlé, Doctorante en histoire de l’art
Antonin Liatard, Docteur en histoire de l’art
Bruno Ligore, Chercheur en danse
Fabien Monrose, Danseur et choréologue Benesh
Marina Nordera, Professeure en danse
Ludivine Panzani, Doctorante en histoire
Mélanie Papin, Maîtresse de conférences en danse
Juan Pablo Pekarek, Doctorant en histoire de l’art
Chloé Perrot, Conservatrice du patrimoine, INP
Séverine Petit, Attachée de conservation, Musée du Temps
Juliette Riandey, Responsable du pôle Collections et valorisation, département Patrimoine, audiovisuel et éditions, CND
Amandine Royer, Conservatrice du patrimoine, MBAA
Michèle Rust, Artiste chorégraphique
Laurence Schmidlin, Docteure ès lettres et directrice du Musée d’art du Valais
Laurent Sebillotte, Directeur du département Patrimoine, audiovisuel et éditions, CND
Olivier Zeitoun, Attaché de conservation, Centre Pompidou – MNAM
-> Le mot des programmateurs
Au départ, une exposition, close depuis déjà plusieurs mois, qui se déroulait au Musée des Beaux-Arts et d’archéologie de Besançon. Mais d’un sujet si important pour la danse qu’il aurait été dommage que seuls bisontins et invités de passage en bénéficiassent. Or, comme pour toute bonne exposition, il y a un catalogue qui vaut – presque – pour lui-même en tant qu’ouvrage de référence, ne serait-ce que par la richesse de son iconographie ; mais aussi pour la qualité des contributions. C’est la poursuite d’une approche de la trace de la danse débutée il y a plus de trente ans, et déjà une exposition (Danses Tracées, coordonnée par Laurence Louppe), et le présent ouvrage revêt la même importance : faire jalon dans ce parcours de la danse et de son inscription.
« L’anthropologue Tim Ingold, en reprenant John Berger, aime à dire que le dessin a plus à voir avec la danse et la musique qu’avec la peinture ou la sculpture. Le dessin est avant tout cet art du temps qui sait autant saisir le geste que sans faire la trace. Une porte s’ouvre alors pour envisager la danse via le dessin et comprendre les relations entre danse et dessin au-delà est en-deçà de la représentation de la danse […] » p. 15

Contributions de Mestiza Estudio, Isabelle Bucklow, Sylvie Skinazi, Dominique Boivin, Dominique Rebaud
Mess, mai 2026, 312 p.
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On craint le pire : le beau livre, artistique (il est très beau dès l’extérieur) et vaniteux, fait par des fans et sur ceux dont ils retracent l’aventure, soit les Lolita c’est-à-dire un collectif irrévérencieux et follement inventif mais disparu depuis trois décennies. On craint la combinaison de pathos nostalgico-esthético-célébrationnel et on se retrouve avec un objet formidable, drôle, inventif, précis et bourré d’informations. Il faut même tenir ce « collectage » quasi ethnographique comme une base de données sur la Jeune danse. Une réussite improbable autant que précieuse qui incite à réfléchir autant qu’à se souvenir.
« Je suis entré dans une pièce trop bas de plafond pour la danse m’est déjà éclairé, comme pour la Spectacle, par deux petites sources lumineuses frôlons les murs clairs. Je me suis assis sur une chaise face a ce qui devait devenir la scène. La musique, les images projetées, la danse, les entrées, les sorties, tout s’est animé et s’est arrêté trop vite.Je me souviens d’avoir ressenti l’importance de ce moment. Ils ont écrit ensemble une belle et grande page de la danse française des années 1980 et on su faire vivre un collectif. » Jérôme Franc (Sur le marque page diffusé avec le livre -pensez à le réclamer!)
« Lolita Danse avec la tête dans les étoiles, créant un rêve collectif où il était possible de porter des vêtements de soie Christian Lacroix à un moment donné et des chapeaux en carton découpé l’instant d’après. »p. 25

🗞 Les humanités Danse : retour sur la « bouffée d’air » des années Lolita, Nicolas Villodre
🗞 AnOther magazine, Rediscovering Lolita Danse, a Radical Parisian Dance Collective, Isabelle Bucklow
Bernard Bénit
Edition L’Harmattan, mars 2026, 130 p.
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Longtemps considérée comme un art mineur dans les sociétés occidentales, la danse fut d’abord exclue du questionnement philosophique. Désormais, elle s’affirme comme objet d’étude qui pose un double problème. Le problème du sens de la danse : que fait le danseur lorsqu’il danse ? Et en vue de quoi danse-t-il ? Le problème du rapport de la danse au politique : quelle relation la danse entretient-elle avec le politique ? Est-elle un instrument au service de la propagande de l’État ou le vecteur d’une micropolitique de résistance à celui-ci ?
À travers l’enquête menée sur ce double problème, philosophique et politique, Bernard Bénit tente de saisir l’étonnante proximité de l’œuvre philosophique de Deleuze et Guattari avec les chorégraphes contemporains. Certaines pratiques de la danse actuelle témoignent notamment d’un lien avec la pensée micropolitique de ces deux philosophes, lorsqu’elles considèrent les actes de création chorégraphique comme des actes de résistance politique.
-> Le mot des programmateurs
Dès le titre, le malaise de l’auteur avec son sujet s’impose. Bernard Bénit est spécialiste de Gilles Deleuze et il est impossible de ne pas ressentir que les premières lignes de ce livre sonnent comme un aveux : « longtemps considéré comme un art mineur, voire un simple divertissement […] la danse fut exclue du questionnement philosophique ». Et le désemparement du philosophe vis-à-vis de cet objet de pensée en est touchant. Il mesure sincèrement que s’ouvre un continent, mais il ne sait pas comment l’appréhender. Avec le mérite cette fois-ci, car cet affolement du philosophe face à la danse est un classique du genre, c’est de l’assumer modestement. Bernard Bénit expose les événements comme des « moments » qui stimulèrent sa réflexion, en se gardant de trop vaste théorie. Ce faisant, il ouvre quelques portes intéressantes.
« Selon Cunningham, le sens de la danse et dans l’acte de danser. En effet, il serait vain de vouloir décrire le mouvement dansé pour saisir le sens. La logique du mouvement ne peut pas être traduite entièrement sur le plan du langage et de la pensée exprimée par des mots. Il reste alors l’alternative suivante : ou bien on ne peut pas tout dire sur la logique du mouvement, non parce que le mouvement renferme un sens ineffable, mais parce qu’il se dit autrement que par le langage ; uu bien on fait le constat, avec Cunningham, que le sens de la danse est dans l’acte de danser : il faut alors rester au plus près des gestes concrets du danseur, non pour en extraire le sens, mais pour épouser le plus étroitement possible le mouvement du geste corporel.» p.81